Historique et définition

suivi mare lucille grizeau (54)

Définition

Il existe une multitude de définition du mot « mare » mais toutes présentes quelques traits communs.

Dans le cadre d’un inventaire des mares du Poitou-Charentes, mené entre 1998 et 2022, une recherche bibliographique avait été effectuée pour définir ce qu’était une « mare ».

La définition retenue était la suivante :

« Une mare est une étendue d’eau douce stagnante, de taille variable, évaluée en m², pouvant s’étendre jusqu’à 2000 m². Sa faible profondeur qui peut atteindre environ 2 m, permet à toutes les couches d’eau d’être sous l’action du rayonnement solaire, ainsi qu’aux plantes de ’enraciner sur tout le fond. Souvent creusées par l’Homme, elle se trouvent également dans des dépressions topographiques au substrat imperméable. Elles ont donc une origine artificielle ou naturelle. Elles sont alimentées par les eaux pluviales, parfois phréatiques. Avec leur petit bassin versant, elles constituent donc un petit réseau hydrographique indépendant des ruisseaux et rivières, auquel viennent s’associer les eaux parvenant à la mare par des voies artificielle (canalisation, rigoles, fossés). Sans alimentation ni écoulement d’eau permanent et elles sont susceptibles de s’assécher l’été lors de grandes chaleurs. »

JAMMES D., 1997. Définir la mare : un puzzle en trente six morceaux. In Radioscopie des mares. Edition l’Harmattan, pp. 77-116

En 2001, le Programme National de Recherche sur les Zones Humides a établi la définition suivante : 

« La mare est une étendue d’eau à renouvellement généralement limité, de taille variable et de 5 000 mètres carrés au maximum. Sa faible profondeur, qui peut atteindre environ deux mètres, permet à toutes les couches d’eau d’être sous l’action du rayonnement solaire, ainsi qu’aux plantes de s’enraciner sur tout le fond. De formation naturelle ou anthropique, elle se trouve dans des dépressions imperméables, en contexte rural, périurbain voire urbain. Alimentée par les eaux pluviales et parfois phréatiques, elle peut être associée à un système de fossés qui y pénètrent et en ressortent ; elle exerce alors un rôle tampon au ruissellement. Elle peut être sensible aux variations météorologiques et climatiques, et ainsi être temporaire. La mare constitue un écosystème au fonctionnement complexe, ouvert sur les écosystèmes voisins, qui présente à la fois une forte variabilité biologique et hydrologique interannuelle. Elle possède un fort potentiel biologique et une forte productivité potentielle ».

Sajaloli et C. Dutilleul, 2001. Les mares, des potentialités environnementales à revaloriser – Programme national de recherche sur les zones humides. Rapport final. Centre de biogéographie-écologie (FRE 2545 CNRS – ENS LSH). 142 p.

A travers cette diversité de définition et au vu des caractéristiques des mares du Poitou-Charentes, la définition simplifiée des mares retenue est la suivante :

Une mare est une petite étendue d’eau stagnante, naturelle ou artificielle, de surface inférieure ou égale à 2000 m², de profondeur inférieure ou égale à 2 m, indépendante du réseau hydrographique et alimentée par les eaux pluviales et phréatiques. Elle peut être pérenne ou temporaire, en contexte rural, forestier, périurbain ou urbain.

La faible profondeur d’eau permet aux rayons du soleil d’en éclairer le fond, ce qui favorise l’enracinement de plantes. Contrairement à un étang, le niveau d’eau n’est pas constant, aussi une mare peut-elle être asséchée une bonne partie de l’année.

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Historique et utilisation

Dans leur très grande majorité, les mares du Poitou-Charentes sont d’origine humaine. Les traces les plus anciennes remontent au Néolithique ! 

Elles doivent leur existence à l’usage qui leur était attribué, d’autres sont la résultante d’une activité humaine passée comme par exemple l’extraction de minerai ou de matière première utile pour la construction des habitations. La multitude de mares présentes aujourd’hui sur la Réserve Naturelle du Pinail (86) proviennent de l’extraction de la pierre meulière.

Historiquement, à défaut d’une source d’eau courante proche, il existait souvent une mare à proximité des habitations, une près des étables ou encore proche du four à pain. Les habitants de certains villages ou hameaux avaient un droit d’usage sur la mare locale comme pour les fours à pain. 

Pendant des siècles, les mares avaient différents usages ancestraux :

  • Les mares situées près des habitations avaient un usage domestique : elles servaient à laver et à rincer le linge des habitants loin des rivières, à rafraichir les boissons, de réserves de poissons (viviers)…
  • Une ou plusieurs mares étaient réservées aux usages agricoles, pour abreuver les animaux, pour nettoyer la laine des moutons après la tonte…
  • Des usages variés liés à l’artisanat locale :
    • Rouissage : Les bottes de chanvres « rouissaient » durant 15 jours dans l’eau d’une mare pour y décomposer la substance gommeuse qui réunit les fibres et l’écorce ;
    • Forge : Les forges possédaient souvent une mare pour le trempage des outils ;
    • Vannerie : L’osier était parfois cultivé sur le pourtour des mares puis mis à tremper pour être écorcé et assoupli avant d’être tressé.

Avec le développement des réseaux d’eau potable sous pression, l’utilité des mares est devenue moins perceptible. Les mares ont aujourd’hui un rôle plus secondaire dans notre quotidien, cependant certains usages leur sont encore attribués :

  • Mares à usage agricole utilisée comme réserves d’eau pour l’irrigation à petite échelle (maraichage) ou comme abreuvoir pour le bétail ;
  • Mares d’agrément dans les jardins : ces mares peuvent présenter différents faciès, parfois très entretenus avec généralement des nombreuses espèces introduites (nénuphar, carpes…), parfois plus sauvage ;
  • Recueil des effluents routiers ;
  • Point d’eau de défense contre les incendies très rechercher par de nombreuses communes ;
  • Usage pédagogique ou touristique ;
  • Abreuvoir pour la faune sauvage (chevreuils, sangliers…) ;
  • Chasse au gibier d’eau dans les marais en Charente-Maritime…

Bien que méconnue, les mares jouent également de nombreux rôles essentiels dans notre environnement : elles participent à la régulation des eaux de pluie, sont un atout pour la qualité des eaux de ruissellement, pour le paysage et constituent des réservoirs de biodiversité non négligeable !

 

On estime que 40 à 49 % des mares du territoire Picto-Charentais ont disparues entre 2002 et 2024 (source : Poitou-Charentes Nature, 2024. Les mares du Poitou-Charentes : Recensement et réhabilitation d’un habitat d’espèces protégées essentiel de la Trame bleue – Phase 3/4 – Année 2024).

 

De nombreuses mares ayant ainsi perdu leur usage d’origine ont été abandonnées voire comblées par l’Homme. 

Faute d’entretien, les mares se comblent naturellement et disparaissent à plus ou moins long terme. Ce processus est particulièrement rapide en milieu forestier, à cause de la chute des feuilles et de l’envasement qui en résulte. 

 

Parallèlement à leur abandon, certaines mares ont volontairement été détruites en devenant des lieux de décharge, de dépôts de gravats pour combler une mare économiquement inutile… A cela s’ajoute la déprise agricole dans le domaine de l’élevage en zone de plaine et le développement de l’agriculture intensive avide d’espace qui ont progressivement conduit au comblement de nombreuses mares qui faisait office d’abreuvoirs.

Crédits photos © Lucille Grizeau, Christophe Ingrand